Boris Razon n'est peut-être pas un écrivain -- mais il a une histoire ahurissante à raconter.
En juin 2005, le jeune homme (29 ans à l'époque) entame une terrifiante descente vers les profondeurs du corps : en quelques jours, une polyradiculonévrite foudroyante le laisse entièrement paralysé. Hospitalisé en réanimation neurologique, intubé, sondé, monitoré, il n'est plus rattaché à l'existence que par le tuyau du respirateur. Totalement exposé, vulnérable. Nu dans la crevasse.
Entre les bruits d'alarmes suraigus, les lampes braquées dans les yeux, les MONTREZ-MOI QUE VOUS M'ENTENDEZ MONSIEUR à réveiller un mort, il a tôt fait de perdre le nord. La longue théorie des soignants, tous vêtus du même pyjama bleu, l'entraîne dans une ronde cauchemardesque où le jour et la nuit se dissolvent. Razon bascule dans un monde de légende, un monde de voyages, de batailles épiques et de combats singuliers.
L'état hallucinatoire dont Razon est victime a un nom : le délirium (anciennement "psychose de réanimation"). Il toucherait plus de 80 % des patients de réa. Et d'après ce que Razon en dit, ce n'est pas une partie de plaisir. La douleur, le manque de sommeil, l'angoisse extrêmes précipitent en une agitation hallucinée, où le délire se teinte de persécution. Pour décrire un tel état, il faudrait un styliste d'une autre trempe que Razon : faute de réussir à rendre littérairement cette expérience, Palladium devient parfois aussi ennuyeux qu'un récit de rêve ou qu'une séance de photos de vacances. On écoute poliment, mais on reste étranger. Hors délire, certaines scènes frappent tout de même par l'intensité de leur sujet : le moment où Razon croise son image dans l'ascenseur lors de sa première sortie sans d'abord se reconnaître, par exemple.
Cette expérience d'enfermement halluciné dans un corps inerte méritait d'être racontée, même imparfaitement. Surtout, pour les soignants, Palladium rappelle à propos la torture de l'angoisse absolue, indicible, qui tord les patients de réa. À ce titre, sa lecture n'est pas inutile.
Dr Béru, toujours de bon conseil, te recommande d'écouter avant tout le chef-d'œuvre halluciné de Jean-Louis Murat qui donne son titre à ce billet.
Ajout du 21 mai 2017 : il semblerait que le Guillain Barré soit particulièrement pourvoyeur de ces étranges rêves et déformations du réel (via la dysautonomie et la désorganisation de l'architecture du sommeil dont ce syndrome peut s'accompagner). Une étude de la Pitié-Salpêtrière (où Razon fut pris en charge) va en tout cas dans ce sens.
samedi 20 septembre 2014
lundi 28 juillet 2014
Du bois dont on fait ce que tu sais
Dans le billet précédent, dr Béru évoquait l'artère sylvienne, l'autre nom de l'artère cérébrale moyenne. Cette curieuse dénomination forestière vient de Jacques Dubois ("Sylvius", en latin), grammairien et médecin du XVIe siècle.
Quelques mots sur ce personnage, qui illustre bien les déchirements de la Renaissance, entre héritage de l'Antiquité et découvertes des nouveaux anatomistes.
Sa double formation de linguiste et de médecin conduit Sylvius à développer considérablement le vocabulaire de la médecine : on lui doit tout un tas de néologismes forgés sur des racines grecques et latines, notamment les termes de mésentère et de poplité. Mais son goût pour les belles lettres l'amène surtout à vouer un culte aux écrits d'Hippocrate et de Galien. Dès lors, Sylvius ne peut approuver les travaux d'anatomie de son élève Vésale, qui remettent en cause les grands anciens. Sylvius se range donc du côté des traditionalistes dans cette querelle des Anciens et des Modernes. C'est à Padoue, et non à Paris, qu'ont alors lieu les grandes explorations anatomiques qui serviront de base aux découvertes physiologiques qui fondent la médecine moderne.
Le nom même de Sylvius l'ancre du côté de la médecine en latin, respectueuse des enseignements de Galien et opposée à toute expérimentation : à l'avenir dr Béru aimerait être moins Sylvius et plus Dubois -- dont on fait tu sais quoi.
Quelques mots sur ce personnage, qui illustre bien les déchirements de la Renaissance, entre héritage de l'Antiquité et découvertes des nouveaux anatomistes.
Sa double formation de linguiste et de médecin conduit Sylvius à développer considérablement le vocabulaire de la médecine : on lui doit tout un tas de néologismes forgés sur des racines grecques et latines, notamment les termes de mésentère et de poplité. Mais son goût pour les belles lettres l'amène surtout à vouer un culte aux écrits d'Hippocrate et de Galien. Dès lors, Sylvius ne peut approuver les travaux d'anatomie de son élève Vésale, qui remettent en cause les grands anciens. Sylvius se range donc du côté des traditionalistes dans cette querelle des Anciens et des Modernes. C'est à Padoue, et non à Paris, qu'ont alors lieu les grandes explorations anatomiques qui serviront de base aux découvertes physiologiques qui fondent la médecine moderne.
Le nom même de Sylvius l'ancre du côté de la médecine en latin, respectueuse des enseignements de Galien et opposée à toute expérimentation : à l'avenir dr Béru aimerait être moins Sylvius et plus Dubois -- dont on fait tu sais quoi.
mercredi 23 juillet 2014
Info trafic : risque d'emboles sur la circulation cérébrale
En cette période de grands départs, intéressons-nous donc aux bouchons.
L'équivalent naturel du tunnel de Fourvière, c'est la terminaison de l'artère carotide interne et le début de l'artère cérébrale moyenne : ça se rétrécit, ça ralentit et ça finit par coincer. Pour peu qu'un embole se balade, c'est l'AVC ischémique sylvien, et les vacances s'annoncent plutôt mal.
Un embole : d'où vient ce drôle de mot, qui est bien masculin et s'écrit avec un e à la fin ? Comme toujours, dr Béru se tourne vers le Trésor de la langue française, qui a réponse à tout : embole vient du grec embolos, le piston d'une pompe. De même qu'un piston s'ajuste exactement au calibre interne de la pompe, de même l'embole obstrue la lumière artérielle.
Pour éviter l'embolie, mieux vaut donc continuer de pomper.
L'équivalent naturel du tunnel de Fourvière, c'est la terminaison de l'artère carotide interne et le début de l'artère cérébrale moyenne : ça se rétrécit, ça ralentit et ça finit par coincer. Pour peu qu'un embole se balade, c'est l'AVC ischémique sylvien, et les vacances s'annoncent plutôt mal.
1. Carotide interne
2. Siphon carotidien
3. Artère cérébrale moyenne
Copyright dr Alami
|
Un embole : d'où vient ce drôle de mot, qui est bien masculin et s'écrit avec un e à la fin ? Comme toujours, dr Béru se tourne vers le Trésor de la langue française, qui a réponse à tout : embole vient du grec embolos, le piston d'une pompe. De même qu'un piston s'ajuste exactement au calibre interne de la pompe, de même l'embole obstrue la lumière artérielle.
Pour éviter l'embolie, mieux vaut donc continuer de pomper.
jeudi 10 juillet 2014
Le cerveau a horreur du vide, ou tous romanciers
Une expérience de neuropsychologie menée par Michael Gazzaniga en 1977 et désormais classique ne laisse pas d'intriguer dr Béru.
Voici de quoi il retourne.
Prends un patient callosotomisé* ; projette-lui sur un écran pendant quelques millisecondes, dans la partie gauche de son champ visuel, l'ordre de marcher. Cet ordre sera perçu par les régions visuelles de son hémisphère droit, privé d'accès au langage (les aires consacrées au langage se situent dans l'hémisphère gauche chez la grande majorité des gens) ; le patient sera parfaitement capable d'élaborer un comportement adapté, c'est-à-dire de se lever de sa chaise et de commencer à marcher, mais il ne pourra pas formuler consciemment qu'il est en train d'obéir à un ordre lu sur un écran.
Jusque là, simple démonstration de la spécialisation des hémisphères. Mais là où les choses se corsent, c'est quand Gazzaniga demande à son patient pourquoi il vient de se lever. "J'ai soif, je vais chercher à boire", lui répond du tac au tac le callosotomisé. Voilà l'hémisphère gauche pris en flagrant délit d'interprétation, d'affabulation, de création fictionnelle ! Plutôt que d'avouer notre ignorance du réel qui nous entoure comme du motif de nos actes, nous inventons sans même en avoir conscience des histoires qui accordent le monde à nos perceptions et à nos comportements, et donnent forme et sens à notre existence.
Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir ; nous tous bâtissons des romans à longueur de journée. Cette capacité fictionnelle cimente, unifie notre conscience, lui donne une constance dans le temps ; grâce à elle, la myriade de sensations éprouvées, d'actes perpétrés se précipite en une existence susceptible d'être racontée -- et par là même, réelle.
Dr Béru, qui a bon fond, t'engage instamment à lire Le Nouvel Inconscient, de Lionel Naccache.
* La callosotomie consiste à sectionner le corps calleux, la zone du cerveau qui unit les deux hémisphères ; cette opération se pratique chez certains épileptiques résistants au traitement médicamenteux, afin d'isoler le foyer épileptogène.
Voici de quoi il retourne.
Prends un patient callosotomisé* ; projette-lui sur un écran pendant quelques millisecondes, dans la partie gauche de son champ visuel, l'ordre de marcher. Cet ordre sera perçu par les régions visuelles de son hémisphère droit, privé d'accès au langage (les aires consacrées au langage se situent dans l'hémisphère gauche chez la grande majorité des gens) ; le patient sera parfaitement capable d'élaborer un comportement adapté, c'est-à-dire de se lever de sa chaise et de commencer à marcher, mais il ne pourra pas formuler consciemment qu'il est en train d'obéir à un ordre lu sur un écran.
Jusque là, simple démonstration de la spécialisation des hémisphères. Mais là où les choses se corsent, c'est quand Gazzaniga demande à son patient pourquoi il vient de se lever. "J'ai soif, je vais chercher à boire", lui répond du tac au tac le callosotomisé. Voilà l'hémisphère gauche pris en flagrant délit d'interprétation, d'affabulation, de création fictionnelle ! Plutôt que d'avouer notre ignorance du réel qui nous entoure comme du motif de nos actes, nous inventons sans même en avoir conscience des histoires qui accordent le monde à nos perceptions et à nos comportements, et donnent forme et sens à notre existence.
Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir ; nous tous bâtissons des romans à longueur de journée. Cette capacité fictionnelle cimente, unifie notre conscience, lui donne une constance dans le temps ; grâce à elle, la myriade de sensations éprouvées, d'actes perpétrés se précipite en une existence susceptible d'être racontée -- et par là même, réelle.
Dr Béru, qui a bon fond, t'engage instamment à lire Le Nouvel Inconscient, de Lionel Naccache.
* La callosotomie consiste à sectionner le corps calleux, la zone du cerveau qui unit les deux hémisphères ; cette opération se pratique chez certains épileptiques résistants au traitement médicamenteux, afin d'isoler le foyer épileptogène.
samedi 28 juin 2014
Paradoxe sur le médecin
Allô ? Voix chaleureuse. Mais non, vous ne me dérangez pas du tout... Oui, je comprends très bien... C'est normal au début... C'est une très bonne chose que vous m'en parliez... Vous avez beaucoup de courage... On se voit mercredi... N'hésitez pas à m'appeler pour me tenir au courant d'ici là... Raccroche. Voix normale. Oh putain*.
Ah, le fieffé hypocrite ! serait-on tenté de penser. Hypocrite peut-être, mais au sens étymologique, celui d'acteur. Or le seul acteur qui vaille, si l'on en croit Diderot et son Paradoxe sur le comédien, n'est-ce pas l'acteur de tête, par opposition à l'acteur de sensibilité ? Le premier sait jouer tous les caractères, imiter toutes les émotions, avec constance et régularité. Le second, s'il est en phase avec son rôle, s'il ressent intensément les sentiments qu'il doit représenter sur scène, pourra peut-être être sublime. Mais il le sera bien involontairement, et par l'effet d'un heureux hasard.
Le médecin, tout comme l'acteur, n'est pas censé vivre son rôle, mais le jouer. Imagine un médecin qui ait besoin de ressentir de la compassion pour en faire preuve : non seulement il serait lessivé bien avant la fin de la matinée, mais il y a fort à parier qu'il traiterait différemment ses patients. Entre une charmante jeune femme éduquée, manifestement élevée dans le même milieu que toi, et une vieille clocharde qui pue et qui t'insulte, pour qui est-il plus facile de ressentir de la compassion, à ton avis ? Si tu n'éprouves rien pour personne mais que tu t'intéresses à chacun et fais systématiquement montre de sentiments compassionnels, là tu as une chance de garantir l'égalité des soins.
Voilà pourquoi il faudrait s'appliquer à regarder, à reconnaître et à imiter, comme dit Diderot, mais non pas à sentir. Ce qui est plus facile à dire qu'à faire.
*Authentique conversation entendue à l'AP-HP, aimablement rapportée par l'unique lectrice de ces pages -- unique lectrice à ne pas être rémunérée par les services spéciaux moldaves, s'entend.
Ah, le fieffé hypocrite ! serait-on tenté de penser. Hypocrite peut-être, mais au sens étymologique, celui d'acteur. Or le seul acteur qui vaille, si l'on en croit Diderot et son Paradoxe sur le comédien, n'est-ce pas l'acteur de tête, par opposition à l'acteur de sensibilité ? Le premier sait jouer tous les caractères, imiter toutes les émotions, avec constance et régularité. Le second, s'il est en phase avec son rôle, s'il ressent intensément les sentiments qu'il doit représenter sur scène, pourra peut-être être sublime. Mais il le sera bien involontairement, et par l'effet d'un heureux hasard.
Le médecin, tout comme l'acteur, n'est pas censé vivre son rôle, mais le jouer. Imagine un médecin qui ait besoin de ressentir de la compassion pour en faire preuve : non seulement il serait lessivé bien avant la fin de la matinée, mais il y a fort à parier qu'il traiterait différemment ses patients. Entre une charmante jeune femme éduquée, manifestement élevée dans le même milieu que toi, et une vieille clocharde qui pue et qui t'insulte, pour qui est-il plus facile de ressentir de la compassion, à ton avis ? Si tu n'éprouves rien pour personne mais que tu t'intéresses à chacun et fais systématiquement montre de sentiments compassionnels, là tu as une chance de garantir l'égalité des soins.
Voilà pourquoi il faudrait s'appliquer à regarder, à reconnaître et à imiter, comme dit Diderot, mais non pas à sentir. Ce qui est plus facile à dire qu'à faire.
*Authentique conversation entendue à l'AP-HP, aimablement rapportée par l'unique lectrice de ces pages -- unique lectrice à ne pas être rémunérée par les services spéciaux moldaves, s'entend.
mercredi 11 juin 2014
La réponse qui sauve à la question qui tue
Pourquoi as-tu décidé de commencer des études de médecine ? demande-t-on régulièrement au Dr Béru (le "à ton âge avancé" est obligeamment sous-entendu). Peut-être bien que Dr Béru n'en a foutrement aucune idée. Mais ce n'est pas là la réponse souhaitée par les internes / CCA / PH qui posent la question qui tue. Ce qu'ils veulent entendre, tous autant qu'ils sont, c'est qu'ils exercent le plus beau métier du monde, qu'ils sont du bon côté, qu'ils ont fait le bon choix ; ce qu'ils attendent, c'est la validation de leur existence par un regard extérieur.
Alors Dr Béru s'exécute. Il sort le grand jeu, c'est-à-dire L'Hôpital, à la vie à la mort, un livre d'aquarelles et de témoignages de Noëlle Herrenschmidt publié chez Gallimard en 2003.
Noëlle Herrenschmidt, tu la connais : c'est elle qui illustrait les "David et Marion" des Belles histoires de ta prime jeunesse. Elle qui couvrait les grands procès pour Le Monde, elle encore qui a publié des carnets de prison. Au début des années 2000, la reporter-illustratrice a passé du temps dans les hôpitaux de l'AP-HP, à la rencontre des patients et des travailleurs, soignants ou non. Elle a donné la parole à chacun, et un visage aussi : chaque témoignage, livré brut, est accompagné d'un portait à l'aquarelle, le plus souvent en action. Les chirurgiens bricolent, les IBODE fourbissent leurs armes, les cadres infirmiers font la loi, les aides-soignants poussent interminablement des chariots surchargés. Les patients patientent.
Ce qui frappe dans cet ouvrage, c'est le passage du temps, inscrit dans les décors (certains sites sont ultra vétustes, d'autres ultra modernes ; on visite Laënnec, fermé depuis), dans les changements de la pratique quotidienne (de nombreux salariés se plaignent d'une dégradation des conditions de travail par rapport à leurs débuts dans la profession), dans la répétition des journées pour les patients hospitalisés. Parties de cartes chez les adolescents, mots fléchés et télé pour les vieux. Le temps, surtout, se lit dans la structure de l'ouvrage, organisé selon les âges de la vie. On progresse ainsi de la réa néonatale jusqu'à la toilette des morts, en passant par la chir cardiaque pédiatrique, la nutrition pour adolescents, les soins de suite, la gériatrie : voyage dans l'AP-HP, voyage dans une existence.
De là à confondre l'hôpital et la vie, il n'y avait qu'un pas que Dr Béru a étourdiment franchi. Le voilà bloqué de l'autre côté du miroir. L'hôpital, à la vie à la mort : la réponse qui sauve à la question qui tue, peut-être.
Alors Dr Béru s'exécute. Il sort le grand jeu, c'est-à-dire L'Hôpital, à la vie à la mort, un livre d'aquarelles et de témoignages de Noëlle Herrenschmidt publié chez Gallimard en 2003.
Noëlle Herrenschmidt, tu la connais : c'est elle qui illustrait les "David et Marion" des Belles histoires de ta prime jeunesse. Elle qui couvrait les grands procès pour Le Monde, elle encore qui a publié des carnets de prison. Au début des années 2000, la reporter-illustratrice a passé du temps dans les hôpitaux de l'AP-HP, à la rencontre des patients et des travailleurs, soignants ou non. Elle a donné la parole à chacun, et un visage aussi : chaque témoignage, livré brut, est accompagné d'un portait à l'aquarelle, le plus souvent en action. Les chirurgiens bricolent, les IBODE fourbissent leurs armes, les cadres infirmiers font la loi, les aides-soignants poussent interminablement des chariots surchargés. Les patients patientent.
Ce qui frappe dans cet ouvrage, c'est le passage du temps, inscrit dans les décors (certains sites sont ultra vétustes, d'autres ultra modernes ; on visite Laënnec, fermé depuis), dans les changements de la pratique quotidienne (de nombreux salariés se plaignent d'une dégradation des conditions de travail par rapport à leurs débuts dans la profession), dans la répétition des journées pour les patients hospitalisés. Parties de cartes chez les adolescents, mots fléchés et télé pour les vieux. Le temps, surtout, se lit dans la structure de l'ouvrage, organisé selon les âges de la vie. On progresse ainsi de la réa néonatale jusqu'à la toilette des morts, en passant par la chir cardiaque pédiatrique, la nutrition pour adolescents, les soins de suite, la gériatrie : voyage dans l'AP-HP, voyage dans une existence.
De là à confondre l'hôpital et la vie, il n'y avait qu'un pas que Dr Béru a étourdiment franchi. Le voilà bloqué de l'autre côté du miroir. L'hôpital, à la vie à la mort : la réponse qui sauve à la question qui tue, peut-être.
lundi 2 juin 2014
Finie la polémique sur le genre !
Aujourd'hui, Dr Béru décide de rétablir l'ordre naturel en mettant un terme définitif à la confusion des genres ; halte à la permissivité, au laisser-aller, à la chienlit linguistique !
S'il est bien une question sur laquelle Dr Béru ne transige pas, c'est celle du genre des noms. Les noms en -icule, en particulier.
Pannicule, vésicule*, fébricule, pellicule, pédicule... Tous ont en commun d'être... Masculins ? Féminins ? Non. C'est un poil plus compliqué, mais pas beaucoup. Le suffixe diminutif -icule était déjà utilisé en latin : -icula pour les noms féminins, -iculus pour les masculins, -iculum au neutre. Facile de repérer le genre. Mais en français, avec l'accent tonique placé sur l'avant-dernière syllabe (sur le cul, donc), la dernière syllabe a été avalée, devenant indifférenciée. Pour retrouver le genre du nom en -icule qui te tracasse, Dr Béru te donne un truc : passe par le genre du mot d'origine. Vessie est féminin, vésicule est féminin aussi. Pied est masculin, pédicule aussi. Peau est féminin, pellicule aussi. Pan est masculin, pannicule aussi. Fièvre, féminin...
Bref, c'est aujourd'hui que tu cesses définitivement de dire "un fébricule".
* En ces temps de fête des paires, faites plaisir avec un bouquet de vésicules !
S'il est bien une question sur laquelle Dr Béru ne transige pas, c'est celle du genre des noms. Les noms en -icule, en particulier.
Pannicule, vésicule*, fébricule, pellicule, pédicule... Tous ont en commun d'être... Masculins ? Féminins ? Non. C'est un poil plus compliqué, mais pas beaucoup. Le suffixe diminutif -icule était déjà utilisé en latin : -icula pour les noms féminins, -iculus pour les masculins, -iculum au neutre. Facile de repérer le genre. Mais en français, avec l'accent tonique placé sur l'avant-dernière syllabe (sur le cul, donc), la dernière syllabe a été avalée, devenant indifférenciée. Pour retrouver le genre du nom en -icule qui te tracasse, Dr Béru te donne un truc : passe par le genre du mot d'origine. Vessie est féminin, vésicule est féminin aussi. Pied est masculin, pédicule aussi. Peau est féminin, pellicule aussi. Pan est masculin, pannicule aussi. Fièvre, féminin...
Bref, c'est aujourd'hui que tu cesses définitivement de dire "un fébricule".
* En ces temps de fête des paires, faites plaisir avec un bouquet de vésicules !
Inscription à :
Articles (Atom)